Sénégal : trois influenceurs écopent de peines de prison pour « offense au chef de l’État »
Au Sénégal, trois influenceurs proches du Pastef ont été condamnés à des peines de prison ferme pour « offense au chef de l’État » après la diffusion d’une vidéo polémique. Leur avocat conteste la décision et y voit une menace pour la liberté d’expression.

Sénégal : trois influenceurs pro-Pastef condamnés après une vidéo controversée
Sont-ils les premières victimes collatérales de la rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre, autrefois mentor politique, Ousmane Sonko ? C’est en tout cas la thèse avancée par l’avocat des trois influenceurs de la plateforme de communication en ligne Feeñal Digital. Lamignou Darou, Oustaz Thiep et Ndiaye Touba sont connus pour leur proximité avec le Pastef, le parti qui a porté Bassirou Diomaye Faye au pouvoir en 2024.
Selon RFI, les trois chroniqueurs ont été arrêtés le 28 juillet dans les locaux de leur média, à la suite de la diffusion d’une vidéo publiée sur TikTok. Ils ont ensuite été poursuivis pour offense au chef de l’État.
« Qu’il parte, peu importe la manière »
Devant le procureur, Lamignou Darou, déjà condamné en octobre dernier pour des faits similaires, a d’abord revendiqué ses propos avant de se rétracter, affirmant qu’il ne faisait que commenter l’actualité. Oustaz Thiep et Ndiaye Touba ont, pour leur part, soutenu n’avoir visé ni une personne ni une institution en particulier, évoquant une simple vidéo humoristique réalisée entre amis.
La séquence incriminée avait été tournée lors d’un rassemblement religieux et publiée sur TikTok. Un extrait a particulièrement retenu l’attention de la justice. On y entend les trois hommes évoquer des prières qu’ils disent avoir formulées pour que « le plus grand traître du Sénégal soit frappé de paralysie », soit victime d’un AVC ou encore « qu’il meure ».
« La manière importe peu. Nous voulons juste qu’il parte, que ce soit par paralysie, maladie ou autrement », déclare notamment Lamignou Darou dans la vidéo. Suivi par plus d’un demi-million d’abonnés sur TikTok, l’influenceur n’a jamais cité explicitement le président Bassirou Diomaye Faye. Le tribunal a toutefois considéré que ces propos visaient directement le chef de l’État, ce qui a conduit à leur condamnation le 7 août.
Le tribunal a condamné, ce jeudi 7 août, l’influenceur Mandoumbe Diop, dit Lamignou Darou, à trois mois de prison ferme. Ses coaccusés, Magueye Diaw (Oustaz Thiep) et Moustapha Ndiaye (Ndiaye Touba), ont chacun été condamnés à deux mois ferme. Tous trois devront en outre s’acquitter d’une amende de 500 000 francs CFA, soit environ 762 euros.
La décision du tribunal a provoqué une vive réaction d’Alioune Tine, fondateur de l’Afrikajom Center et expert indépendant de l’ONU en matière de droits humains. S’il juge les propos tenus dans la vidéo inacceptables, il estime toutefois que les trois influenceurs ne devraient pas rester en prison. Pour le militant sénégalais, ils sont avant tout « des victimes, comme beaucoup de jeunes Sénégalais, insuffisamment préparés à exercer une citoyenneté et un engagement politique responsables ».
Réagissant à la condamnation de ses clients auprès de l’Agence France-Presse (AFP), l’avocat Abdy Nar Ndiaye a dénoncé une décision qu’il considère comme « un précédent dangereux pour la justice ».
« Nous sommes stupéfaits par cette décision, car nous estimons qu’aucune infraction pénale n’a été commise », a-t-il déclaré. Selon lui, la vidéo ne contient ni propos outrageants ni paroles discourtoises à l’encontre du président de la République, dont le nom n’est jamais mentionné.
L’avocat affirme qu’il s’agit avant tout d’une satire humoristique, dans laquelle les trois influenceurs « discutaient entre amis autour du thème de la trahison ».
Il estime également que « la démocratie sénégalaise ne devrait pas permettre l’arrestation de personnes pour une simple comédie satirique visant des personnalités politiques qui, de surcroît, n’ont même pas été désignées explicitement ».
Les conseils des trois influenceurs ont annoncé leur intention de faire appel de la décision.


